Un 1er mai pas comme les autres ? | L'édito de notre Présidente et Vice-président

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Un 1er mai pas comme les autres ? | L'édito de notre Présidente et Vice-président

Il y a un an, nous écrivions déjà que ce serait un Premier mai exceptionnel. Un Premier mai confiné, un Premier mai en distanciel. Un Premier mai où chaque soir, on applaudissait les héros du quotidien. Un Premier mai où chacun exprimait son respect par rapport aux travailleurs qui maintenaient le pays à flot.  

Un an plus tard, la pandémie est toujours là. Le cynisme capitaliste n’a jamais été aussi odieux. Que dire notamment du comportement des firmes pharmaceutiques qui organisent la rareté des vaccins, alors que trop souvent elles ont été subsidiées via les états pour développer leur vaccin ?

Un an plus tard, on n’applaudit plus les travailleurs des soins de santé, on les insulte même parfois dans certains hôpitaux. Pourtant, ils sont toujours là en première ligne, avec la même difficulté de fonctionnement à chaque pic de la pandémie. Ils restent des travailleurs de l’extrême, tous les jours relevant courageusement les défis de cette crise sanitaire. On agresse les travailleurs du commerce, alors que durant toute cette période, ils ont assuré la quiétude de la population, qui n’a jamais manqué de rien avec des supermarchés toujours ouverts !

Depuis plus d’un an, les moyens publics soutiennent les entreprises pour qu’elles gardent la tête hors de l’eau.  

Certes, le chômage Corona a permis aux travailleurs de conserver un revenu (partiel) pendant la crise covid. N’oublions jamais que ces travailleurs ont perdu une partie de leur pouvoir d’achat pendant ces périodes de chômage… Pendant ce temps, les employeurs ont économisé les salaires et les indemnités de rupture. Ils ont obtenu un formidable outil de flexibilité, leur permettant aussi garder la main d’œuvre en leur sein dès que la reprise économique pointera le nez. Le chômage Corona, c’est d’abord une aide pour les entreprises, ne l’oublions pas !

2021, c’est aussi une année de négociations interprofessionnelles (AIP). Avoir des revendications, en période de crise – pire, faire grève –, voilà un geste considéré comme irresponsable pour les patrons et la droite qui leur sert la soupe depuis des années.  

Non, nous ne sommes pas des irresponsables ! Les riches sont toujours plus riches. Les pauvres sont toujours plus pauvres et plus nombreux. Notre société et la crise covid n’ont fait qu’amplifier le phénomène.  

Les travailleurs ont tenu et tiennent le pays à bout de bras, singulièrement encore plus avec la pandémie. La réaction des employeurs ? Le mépris quand il s’agit de conclure un accord de solidarité, ce que représente l’AIP.

Nous ne sommes pas des irresponsables

Nos revendications sont pourtant simples et justes. Sommes-nous irresponsables quand nous demandons :  

  • Des fins de carrières élargies. Des RCC avec des conditions d’accès facilitées (âge, carrière et disponibilité sur le marché du travail), même chose pour les crédit-temps fin de carrière. C’est essentiel en cas notamment de restructurations d’entreprises. Les fins de carrière sont souvent des amortisseurs sociaux qui évitent les licenciements secs. Les employeurs le savent, mais leur position est juste dogmatique, purement dogmatique !
  • Des négociations salariales libres dans les secteurs. N’est-il pas normal de pouvoir sortir de la marge de 0,4% dans les secteurs qui ont profité de la crise ? Le secteur n’est-il pas le lieu où ce genre de débat peut avoir lieu ? C’est l’endroit où l’on sait le mieux jouer la solidarité et où l’on connaît le mieux la réalité économique des entreprises. Le patronat est occupé à mépriser un échelon essentiel de notre concertation sociale : le secteur ! C'est une tentation dangereuse de démantèlement de notre modèle social.
  • Une revalorisation substantielle du salaire minimum interprofessionnel qui n’a plus été augmenté depuis plus de 10 ans.
  • La réduction collective du temps de travail : nous fêtons cette année le centenaire de la journée de 8 heures (voir notre film sur le sujet). En période de crise et de digitalisation grandissante, n’est-ce pas légitime de songer à une nouvelle RCTT qui résoudrait en partie les problèmes de chômage ?

Est-ce logique que des dossiers comme l’assimilation des périodes de chômage Corona pour les vacances annuelles ou pour la prime de fin d’année ne trouvent pas de solution ? Est-ce logique que les plafonds du Fonds de fermeture (qui indemnise les travailleurs à la place de l’employeur en cas de faillite) soient aussi bloqués depuis des années, laissant les travailleurs dans la misère en perdant une partie de leur passif social, de leur dû ?

Sommes-nous des irresponsables ? NON, nous réclamons simplement que la concertation sociale soit au centre des préoccupations. La vie des travailleurs et des allocataires sociaux n’a pas été mise entre parenthèses, les besoins sont toujours les mêmes.  

Une éclaircie ? L’accord sur la répartition de l’enveloppe bien-être ! Six mois trop tard parce que les patrons ne voulaient pas avancer… Un jeu digne de marchands de tapis de la pire espèce ! Là aussi, ils ont pris les plus précaires de notre société en otage.

Ces dernières semaines, on peut lire un peu partout que les travailleurs méritent du respect, méritent un meilleur salaire, méritent…

Non, nous ne méritons pas, nous y avons DROIT !

Les travailleurs ne sont ni de la chair à canon, ni des variables d’ajustement, ni des pions. Nous avons droit à un accord interprofessionnel, nous avons droit à notre part du gâteau, nous avons droit au respect ! Les employeurs ont été aidés durant la crise, cela n’a posé de problème à personne. 

Aujourd’hui, l’AIP doit nous permettre de renvoyer l’ascenseur aux travailleurs.  

À l’occasion du 1er mai, c’est l’occasion de rappeler tant au Gouvernement (qui est maintenant saisi du dossier AIP) qu’aux employeurs que nous sommes tout sauf des irresponsables. Et que le moment est venu de donner un sens à la concertation sociale en donnant un contenu décent à un AIP.  

Nous avons l’ambition que la société post covid soit bâtie sur la solidarité, sur la lutte contre les inégalités, sur une meilleure répartition des richesses. Conclure un AIP digne de ce nom doit être l’une des pierres angulaires de cette société.  

Pour rappel, quand on sème le vent, on récolte la tempête, il ne faut jamais l’oublier…

Myriam Delmée, Présidente

Jan-Piet Bauwens, Vice-président 

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